Chapitre Septième: la Tour de l'Observatoire Chapitre Neuvième: Sur le Continent.
Chapitre Huitième: Jeux de Cartes
Cartes à jouer
­Les jeux de cartes existent depuis l'antiquité, et bien que de nombreuses variantes aient eu cours en fonction des lieux et des époques, le paquet classique utilisé sur le territoire impérial n'a pas grandement varié. Il est constitué de quatre "familles" de carte, représentant les quatre pilliers de l'Empire: la Rune, pour l'écriture et le savoir qu'elle permet de véhiculer, la Garde, représentant la puissance militaire, que notre premier empereur considérait comme la chose la plus importante qui soit, même si ce fut loin d'être l'avis de ses successeurs, la Toile, représentante de l'Art et toutes les formes de beauté artistique, et enfin la Balance, symbole de la justice et de la loi. Chaque famille comporte des cartes numérotées de un à dix, plus quatre supplémentaires que l'on a coutûme de nommer "figures", qui sont, par ordre classique de puissance, l'Archer, le Fléau, la Tour et le Dragon. Pour les besoins de certains jeux, on peut retirer du paquet certains niveaux de cartes, voire en ajouter un nombre variable n'appartenant à aucune des quatre familles. Cela donne un panel important de jeux, certains basés sur le hasrd pur, d'autres laissant plus de place à la stratégie.
­L'un des jeux les plus répendus est le jeu de Caldis, qu'affectionnent particulièrement les étudiants. Il se joue avec le paquet de base, auquel on ajoute une figure supplémentaire baptisée "l'Auguste", représenté généralement par un barde ou un saltimbanque. Chacun des deux à cinq joueurs reçoit une main de neuf cartes, les cartes restantes étant regroupées, face cachée, au milieu. Si un joueur est mécontent de sa main, il est en droit, avant le début de la tournée, de se défausser de deux cartes, puis d'en piocher deux nouvelles au hasard dans le paquet restant. Un joueur décide ensuite l'atout et la mise. Le premier désigne la famille maitresse, celle qui surpassera les trois autres (sachant qu'il est possible de choisir de jouer sans atout). La seconde est le nombre de points à atteindre. Au terme de la tournée, chaque joueur compte ses points, chaque carte récupérée rapportant sa valeur (onze à quatorze points pour les figures traditionnelles, l'Auguste ne valant rien). Le gagnant de la tournée est celui dont le score sera le plus proche de la mise, et celui dont le score sera le plus éloigné sera le décideur pour la tournée suivante.
­Bien sûr, plusieurs variantes de ce jeu existent, comprennant des "annonces" (suites de cartes ou autres combinaisons) rapportant ou retirant des points, changeant les rapports de force entre les cartes, ou modifiant le nombre de points rapportés par les cartes à l'atout.
Karen Meleanos, "Jeux et passes-temps estudiantins", 1396
Université de Leeshan, Tieffla, 14 jour de Danael 1404
­Trois coups légers résonnèrent à la porte, bientôt suivits de trois autres, puis un silence suivit de deux nouveaux, plus sourds. Le signal convenu. Celui qui frappait était envoyé par la Guilde. Astrid reposa ses outils pour aller lui ouvrir.
­Le jeune homme qui se tenait devant elle semblait n'avoir que quelques années de plus. Elle l'avait déjà plusieurs fois croisé dans les couloirs: Il devait s'agit d'un autre étudiant. Elle se décala pour le laisser entrer, puis referma la porte.
­Bonjour, Pénombre. Avant tout, félicitations pour le Dragon. Les autres Cadets ne parlent plus que de votre exploit.
Les cadets ?
Les membres d'Esperkand parmi les étudiants. Tu ne pensais pas que vous étiez les seuls ?
Bien sur que non, mais je ne me doutais pas qu'il y avait un vrai groupe. Vous êtes nombreux ?
On est pas mal. Mais je serais votre seul contact jusqu'à ce que Behold accepte de vous faire confiance. Ce qui n'est pas gagné, comme tu dois t'en douter.
Il marqua une pause avant d'ajouter précipitemment Oh, mais j'oublie de me présenter. Je m'appelle Jed Ransen, je suis en avant-dernière année de Législation appliquée.
­Astrid s'inclina dans une sorte de révérence, suite à quoi les deux interlocuteurs échangèrent un léger rire. Jed regarda autour de lui, et son regard s'attarda un instant sur les outils posés sur le bureau.Tu bricoles quelque chose ?
C'est une vieille machine cassée que j'ai trouvé il y a quelques temps. J'essaye de comprendre à quoi elle sert, et de voir si je peux la réparer.
Intéressant... Il parrait que Shadefire est passionné par les machines, lui aussi. Et quand tu ne bricoles pas, tu sais jouer au Caldis ?
Un peu, mais je n'ai pas touché à des cartes depuis un moment. Pourquoi ?
Pour votre première mission. Rien d'illégal, pour commencer: Il s'agirait de participer à la soirée Casino qui aura lieu demain. Behold pense que votre chance peut nous aider à récupérer quelques lots...

Île Noble, Corannea, 15 jour de Danael 1404
­Babel, moins fort, ils vont nous entendre!
­Laureen était perchée sur le toit d'une maison et surveillait la bande de brigands d'opérette, dont elle avait repéré le "quartier général" dans la ruelle en contrebas. Ils l'avaient menacée. Elle aurait certainement pu s'en débarrasser sans l'intervention de l'autre type, mais toutes les filles de sa classe n'étaient pas aussi Pirate qu'elle. Il fallait leur faire assez peur pour leur faire définitivement oublier l'idée de s'en prendre à d'autres enfants. Et c'est ce qu'elle allait faire.
­Elle avait tout consciencieusement préparé. La seule chose qu'il lui fallait, maintenant, c'est attendre que toute la bande se regroupe. Elle voulait être sûre que tous reçoivent l'avertissement. Prêt ?
­Le garçon acquiéça. Babel était un tireur hors pair, et Laureen, n'ayant pas la moitié son talent, n'aurait jamais pu envisager de réussir seule. Un sixième homme rejoignit les autres dans la ruelle. Tous ceux qu'elle avait identifié comme faisant partie de la bande étaient là. A toi de jouer!
­Babel pointa son lance-pierre et tira aussitôt. Il atteignit le contrepoids sur le toit opposé en plein centre, et celui-ci, déséquilibré par le choc, bascula en arrière, entraînant la corde. Les deux adolescents courrurent alors chacun de son côté, pour couper cordes des deux autres poulies. Les mécanismes que Laureen avait installé la veille entrèrent alors tous trois en action, et trois tonnelets tombèrent presque au même instant, explosant contre le sol de la ruelle.
­Le garçon sortit alors de nouveau son lance-pierre, et, visant soigneusement, tira sur le quatrième mécanisme. Le déclencheur d'une sorte d'arbalète rudimentaire, frappé de plein fouet, executa son travail, et un carreau autour duquel était accroché un message vint dans un sifflement se planter dans le sol.
­Les hommes avaient réagit presque exactement comme Laureen l'avait imaginé. Entendant les trois explosions, ils avaient commencé par se jeter au sol ou se cacher derrière la première protection venue. Après de longues secondes, lorsqu'ils furent assurés que nul ne les abattrait s'ils bougeaient, ils dégainèrent leurs armes et les pointèrent vers les toits, cherchant l'origine de ce qui venait de se passer. Mais les deux adolescents étaient déjà hors de leur vue.
­L'un des hommes se pencha sur le carreau, déroula le message, et le lut. S'il lui avait été possible de prendre une apparence plus apeurée encore, il l'eût prit aussitôt. C'est Lawn! Il dit qu'il nous invite cordialement à quitter au plus vite son territoire...
­Laureen eclata intérieurement de rire. Elle avait imité l'écriture de son père et reprit une de ses expressions favorites pour rédiger cette lettre. Elle regarda alors avec aux lèvres son sourire le plus radieux les hommes discuter entre eux à voix basse, puis commencer précipitemment à ranger les quelques affaires qu'ils évaient étallées autour d'eux. Elle avait gagné.
­C'est alors qu'un fait inattentu se produisit. Un bruit attira les huit regards vers l'entrée de la ruelle. Un homme vêtu d'un long manteau rouge sombre était adossé au mur, le visage dissimulé par son tricorne, et aplaudissait. Bien joué, gamine. Toutes mes excuses, tu es effectivement parfaitement apte à te débrouiller seule.
­Les six hommes, aussitôt, pointèrent leurs armes dans sa direction. Il éclata d'un rire sonore en les voyant. Allons donc, vous tennez vraiment à rester ? Vous n'avez donc pas peur des Pirates ?
­Les hommes se regardèrent mutuellement. Le temps qu'ils tentent de décider s'il était plus urgent de décamper avant que Lawn ne s'énerve ou de régler leurs comptes avec Cartes, celui-ci avait sorti d'une poche intérieur une étrange sorte de ressort métallique, qu'il fit tournoyer au dessus de lui comme un lasso ou un fouet. Quelques gestes précis, et les armes furent arrachées aux mains de leurs détenteurs.
­Le revers du dernier coup atteignit le toit où se trouvait le garçon, lequel bascula dans le vide et ne se rattrapa à une gouttière qu'au dernier moment. Voyant son ami tomber, Laureen ne put s'empêcher de sortir de sa cachette en criant Babel!
­Cartes sembla pour la première fois surpris: Il s'attendait à avoir atteint Laureen, et non ce gamin qu'il ne connaissait pas. Mais il réagit rapidement. Un coup de plus, et son ressort s'enroula autour du bras de la jeune imprudente, sans lui faire de mal, sans cependant lui permettre de se libérer. Il tira vers le bas, et elle se retint de toutes ses forces aux rares prises qu'elle avait à sa portée.

­Les brigands d'opérette, pendant ce temps, avaient cependant semblé réaliser que c'était uniquement à ces deux gamins qu'ils devaient leur frayeur à peine passée, et que rien ne les menaçait s'ils réglaient son compte à Cartes –hormis Cartes lui-même. S'emparant d'autres armes, ils profitèrent de sa lutte contre l'adolescente pour s'approcher de lui le plus discrètement possible. Ce qui était loin d'être suffisemment discrêt.
­Détachant vivement son ressort du poignet de Laureen, qui en profita pour prendre la fuite, il se retourna vivement contre eux et fouetta violement plusieurs d'entre eux. Au bout de quelques instants durant lesquels Laureen ne sut dire ce qui se passait exactement, mais qu'elle mit à profit pour aider Babel à reprendre appuit, les six hommes étaient tous plus ou moins étendus à terre hors de combat, et Cartes se retrouvait seul debout, faisant toujours tournoyer son ressort.
­L'arme claqua de nouveau en direction de Laureen, qui parvint cette fois à éviter le coup. Un éclair metallique arracha l'arme des mains de Cartes avant qu'il n'ait eu le loisir de frapper de nouveau. Une lance magnifique était enfoncée dans le mur, retenant le ressort prisonnier. L'habile lancier se tenait à son tour dans l'entrée de la ruelle, entourés de plusieurs pirates, parmis lesquelles Laureen reconnut... Papa ?!?!?
Je croyais t'avoir dit de me prévenir avant d'autres initiatives de ce genre.
Remettant les explications avec sa fille à plus tard, le Capitaine Lawn se tourna vers l'homme au manteau rouge. Monsieur Cartes... Il semble donc que les informations que j'ai reçu concernant votre présence dans la région étaient exactes, tout compte fait. Vous pouvez vous vanter d'avoir échappé longtemps à mes hommes.
Et vous, mon cher Lawn, vous pouvez vous vanter d'avoir réussi à me surprendre.
Il dévisagea le jetteur de lance. Un prince Jihdean. Voilà un renfort intéressant, qui risque de perturber mes plans. Mais soit.
­Cartes lança quelque chose au sol, et un nuage de fumée s'éleva soudain. Lorsqu'il fut de nouveau possible d'y voir, il avait disparu. Le Capitaine fit silencieusement signe à ses hommes, qui partirent à sa recherche. Lawn se tourna alors vers les brigands d'opérette, qui se relevaient péniblement. Quant à vous, messieurs, il me semble que mes subordonnées vous ont fait parvenir un message de ma part. Ceci est mon territoire, et vous êtes cordialement invités à vous conformer à mes règles, ou à quitter les lieux.
­Les six hommes s'enfuirent aussi rapidement qu'ils le pouvaient, sans même prendre le temps de récupérer leur matériel. Le Pirate les suivit du regard en souriant. Un cri étouffé attira alors de nouveau son attention vers les toits: L'home au manteau rouge avait rejoint les enfants et tenait fermement Laureen par les épaules, lui maintenant un couteau contre la gorge.
­Tu viens de signer ton arrêt de mort, Cartes!
Nous verrons. Dans l'immédiat, notre cher jetteur de lance voudrait-il avoir l'amabilité de me rapporter mon arme ?

­Celui-ci interrogea Lawn du regard, puis, le Pirate ayant acquiescé, détacha les deux armes du mur et grimpa rejoindre le trio sur le toit. Cartes empoigna rapidement son arme, lorsqu'il la lui tendit, puis la rangea sans laisser le temps à Laureen de se libérer.
­Quel est ton nom, Jihdean ?
Je suis Ryan du clan Hagen.
Eh bien, Ryan du clan Hagen, toi et ces enfants allez venir avec moi. Si Lawn tient à la santé de sa fille, aucun de ses hommes ne nous suivra.


­La clef est entre la troisième et la quatrième brique, à droite, à hauteur de tes coudes. Ouvre la porte et entre avec le gamin.
­Pendant que Ryan s'executait, Cartes, tenant toujours fermement sa jeune otage, se retourna pour vérifier que nul ne les suivait. L'entrepôt que découvrirent le jeune homme et le garçon était relativement vaste, et semblait avoir été aménagé rapidement et sommairement. Une sorte d'étrange plateau occupait le centre de la pièce, auquel étaient reliées diverses machines, dont certaines semblaient à moitié démontées. Un lit de camp défait était posé contre un mur, et une grande cage occupait le coin de la pièce.
­Voudriez-vous avoir l'amabilité de poser cette arme et d'y entrer ? Cartes attendit que Ryan et Babel s'executent. Merci bien. Il fit entrer Laureen à son tour, puis claqua la porte de la cage et la verrouilla. Eh bien, je vous souhaite la bienvenue dans ma demeure. Veuillez m'excuser, j'ai encore quelques détails à vérifier avant de pouvoir m'occuper de mes invités.
Mais qui êtes vous, au juste ?
Je suis un archétype échappé d'un livre d'histoires, Ryan du clan Hagen. Je suis la tâche d'encre qui noircit le récit de vos vies.
Sans se dévétir ni retirer son tricorne, et après s'être assuré que la porte était correctement fermée, Cartes se pencha sur l'une des machines.
­Dès que leur geolier tourna le dos, Laureen entreprit de crocheter la serrure de la cage à l'aide d'une épingle. Craignant que le travail de sa camarade d'infortune n'attire l'attention de leur geolier, Ryan reprit la parole, espérant en couvrir les bruits. Qu'est-ce que vous nous voulez, au juste ? Comme il s'y attendait, Cartes répondit sans lever les yeux de son travail.
­Au jeune garçon qui tremble de peur à côté de vous, rien. Il n'était pas... Prévu qu'il nous accompagne. Mais je lui trouverais une utilité. Quand à la gamine qui tente d'ouvrir la porte –et je dois la prévenir qu'elle n'y parviendra pas–, c'est elle qui m'intéresse... Et vous constaterez pourquoi de vos propres yeux très bientôt.
­Ryan et Lawn s'étaient regardés en entendant la remarque, légèrement déconcertés. La jeune femme n'en continua pas moins à tenter de crocheter la serrure. Admirable persévérance, jeune fille, mais je le répête, totalement inutile. Cette cage n'a de toutes façons pas pour but de vous retenir indéfiniment. Quant à toi, Ryan du clan Hagen, ton arrivée n'était pas prévue, mais tu es tout de même venu au bon moment. Ah, voici qui devrait fonctionner.
­Laureen parvint à faire jouer la serrure, et la porte pivota lentement... Pour reprendre aussitôt sa position initiale. Le verrou se referma de lui-même. Il me semble vous avoir prévenu. Mais patience, je n'en ai que pour quelques instants. Cartes s'était tourné vers une seconde machine et commençait à travailler dessus de la même manière. Il ajouta pour lui-même Je m'en voudrais si le chemin se coupait au beau milieu de l'Océan...
­Il y eut un instant de silence, durant lequel les jeunes gens s'interrogèrent sur ce qu'il préparait. Puis, Cartes se leva et s'approcha de la cage. Je pense que cela pourait fonctionner, à présent. Qu'en pensez-vous ? Le meilleur moyen de le savoir est de tester, non ? Il dévérouilla la cage d'un geste sec, puis recula de quelques pas. Eh bien, qu'attendez-vous ? Cette cage vous plait, finalement ?
­Après un instant d'hésitation, et sans laisser à Ryan le temps de la retenir, Laureen s'élança en avant, sortant d'un geste son poignard. Mais Cartes réagit aussitôt, la saisissant par les poignets et lui faisant lâcher son arme. Il ne parvint cependant pas à contenir toute la fougue de l'adolescente, qui lui décocha un violent coup dans les jambes, et parvint à lui échapper. Ryan s'était à son tour jeté sur sa lance, mais le ressort metallique de Cartes claqua, envoyant l'arme rouler plus loin. Un second coup manqua de peu le prince Jidhean, qui s'était reculé, dégainant l'épée dissimulée sous ses vêtements.
­Belle arme... Tu es décidément plein de surprises, Ryan du clan Hagen. Mais ne croit pas que ça va m'impressionner. Cartes fit de nouveau claquer son arme, qui s'enroula autour de la lame du jeune homme. Ils se livrèrent alors une sorte de duel, chacun cherchant à désarçonner l'autre. Babel, maintenant! Répondant au cri de son amie, le garçon avait à son tour sorti son lance-pierre et s'apprétait à tirer sur l'homme au manteau rouge. Celui-ci semblait cependant toujours garder un coup d'avance sur eux. Pas de triche, les gamins. Il avait brusquement lâché son arme, qui en s'enroulant autour de l'épée de Ryan percuta Babel, dont le projectile vint se perdre dans une mauvaise direction. Le coup avait surprit Ryan, qui s'était trouvé désarmé à son tour.
­Bien, réglons ça à mains nues, dans ce cas. Les deux ainés se jetèrent l'un contre l'autre, pieds et poings prêts à l'action. Laureen aida son ami à se relever, puis s'approcha de l'une des machines. Et si on casse ce truc, il se passe quoi ?
Non!
Cartes parvint à repousser violemment Ryan pour se lancer sur l'adolescente. Elle esquiva l'attaque... Mais pas Babel. L'homme se redressa en maintenant la lame d'un couteau contre le cou du garçon. Cela suffit, maintenant. Comme je vous le disais, ce gamin-ci n'a aucun intérêt pour moi. J'espère pour sa vie qu'il en a un peu pour vous.
­Lawn et Ryan s'immobilisèrent en même temps. Bien. Sachez que je déteste avoir recours à ce genre de méthodes... Mais mes employeurs ne semblaient pas se méprendre sur votre valeur à tous les deux. Ramasse tes armes, Ryan du clan Hagen, tu en auras besoin. Laisse la mienne où elle se trouve. Le poignard de Laureen se trouvait à ses pieds. D'un geste, il le fit voler en l'air, puis le lança à sa propriétaire Et toi, tu auras besoin de cette chose. Maintenant, reculez. Sur le plateau. Voilà.
­Les deux jeunes gens s'étaient exécutés. Lorsqu'ils furent au centre de l'étrange objet, Cartes actionna un bouton sur l'une des machines, et une lumière intense emplit la pièce. Lorsqu'il fut de nouveau possible d'ouvrir les yeux, le plateau était désert. L'homme au manteau rouge et son jeune otage se trouvaient seuls dans la pièce. Cartes relacha alors son étreinte. Tu peux aller rejoindre le Capitaine Lawn, à présent, et le rassurer. Tu lui diras que sa fille est en sécurité... sur le continent impérial. Et, regardant Babel détaller, l'homme alluma calmement une cigarette avec un sourire de satisfaction, son travail accomplit.
Université de Leeshan, Tieffla, le même jour
­La soirée Casino. D'après ce qu'avait apprit Pandore, elle était organisée tous les ans une dizaine de jours avant la fête du solstice d'hiver, et professeurs et étudiants s'y retrouvaient pour participer ensemble à divers jeux d'habileté, de réflexion ou de hasard. Si l'hypothèse d'Erellon était exacte et que les lueurs de son rêve symbolisaient des humains, c'est là qu'elle maximisait ses chances de rencontrer celles qu'elle avait apperçu dans la forêt.
­Pour l'instant, la jeune Kandhrane observait la pièce et les gens autour d'elle. Elle était persuadée qu'elle parviendrait à reconnaître celles ou ceux qu'elle cherchait lorsqu'elle les verrait, mais pour l'instant, personne ne semblait se distinguer parmi cette foule d'inconnus. Elle tenta un instant de s'intéresser au jeu pratiqué sur l'une des tables. Le jeu de Caldis, visiblement. Elle tentait de déterminer quel joueur menait lorsqu'une voix se fit entendre. Pourrais-je me joindre à votre tablée, messieurs ?
­Elle se tourna vers celle qui venait de parler... Et découvrit un être bien surprenant. La silhouette était humaine, mais elle semblait taillée dans l'améthyste, comme une statue qui aurait soudainement prit vie. Plus qu'étonnée, surtout en ne voyant personne réagir à cette curieuse apparition, elle ferma les yeux une seconde, secoua la tête.. et constata que sa statue d'améthyste était maintenant une jeune femme aux cheveux d'un blond sombre, qui s'asseyait tranquillement à la table de jeu, attendant la prochaine donne.
­L'éclat d'Améthyste... Venait-elle de trouver l'une des étoiles de son rêve ? Elle resta observa la partie durant la tournée suivante. La fille jouait bien, même si certains de ses adversaires semblaient redoutables. C'est déprimant, n'est-ce pas ?
­Elle se retourna. Une seconde statue vivante se trouvait à ses côtés, semblant faite d'ambre, celle-là. Pandore secoua de nouveau la tête pour se retrouver face à une adolescente, de quelques années sa cadette, qui la dévisageait d'un air rieur en recoiffant ses cheveux bruns. Quoi donc ?
Eh bien, cette manière qu'ils ont de prendre ça tellement au sérieux. Heureusement que Pénombre va leur apprendre un peu ce que c'est qu'un jeu...
Pérnombre, c'est la fille qui vient d'arriver ?
C'est ça. Tu viens de Kandhrir, c'est ça ?

­Pandore eut un petit rire Ça se voit tant que ça ?
­L'adolescente eut un sourire et prit un ton mystérieux, s'approchant légèrement de son interlocutrice Quand on a des yeux qui voient tout, oui. Puis elle eut un petit sursaut Oh, mais, j'oubliais de me présenter. Tania Drak.
Pandore Baltloria. Ravie de faire ta connaissance.
Les deux jeunes femmes observèrent la partie encore un instant, puis Tania reprit Et qu'est-ce qui t'amène à Leeshan ?
En fait, c'est assez compliqué à expliquer. Je cherche des gens, je crois. Et il est possible que je les ai trouvé.
Tu peux être un peu plus explicite ?
Probablement, mais si j'essaye, tu vas me prendre pour une folle.
Dis toujours, on ne sait jamais...
Eh bien, j'ai fait... une sorte de rêve... qu'on pourrait plus ou moins qualifier de prémonitoire, il y a quelques nuits.
Un truc sombre –pas comme l'absence de lumière, mais comme un truc qui dévorre tout– qui se répend sur le monde, et des lumières de couleurs différentes qui arrivent pour tout remettre en place ?
Eùh, oui, c'est à peu près ça... Comment as-tu ?
Tu n'es pas la seule à avoir fait ce genre de rêves. Et je crois que je peux t'aider à trouver quelques uns des autres.

Chapitre Septième: la Tour de l'Observatoire Chapitre Neuvième: Sur le Continent.