Chapitre Neuvième: Sur le Continent. Chapitre Onzième: Réunion.
Chapitre Dixième: Embuscade
Lihnfahls.
­De tous temps, les brennans ont cherché moyen de surpasser leurs capacités naturelles. C'est particulièrement en le domaine des transports que cette recherche prit nombre de visages. Les hommes de l'antiquité usaient de forces machines, individuelles ou collectives, pour voyager par la Terre, et l'Océan et même les cieux n'étaient pas en reste. Leurs machines les emmenaient jusqu'en deça de la surface.
­Ce sont cependant les créatures vivantes qui de tous temps ont le mieux rempli ce rôle. Les Chevaux, particulièrement, se sont toujours montrés nos loyaux compagnons, capables autant de porter un cavalier que de tirer un attelage. Mais l'un des rêves des hommes a toujours été de voler, et c'est pourquoi l'imaginaire brennan s'est souvent peuplé de chevaux ailés. Nature, semble-t-il, décida d'exaucer ce voeu.
­Car en effet les Terres Sauvages virent, durant la transition entre l'âge des machines et le nôtre, apparaître de nouvelles créatures. Elles avaient la taille et l'aspect de grands chevaux, hormis en deux points: leur tête, couverte d'un masque d'écailles, semblait d'un aspect draconique, et en plus de leurs quatre pattes, elles étaient pourvues de deux longues et puissantes ailes. Ces créatures, nos ancêtres les ont nommées Lihnfahls.
­Une fois découverts et apprivoisés, les Lihnfahls sont devenus les nouveaux princes parmi nos montures. Leur vitesse au sol et au galop est semblable à celle de leurs cousins Chevaux, mais leur endurance est nettement supérieure. Et lorsque, les vents le permettant, ils déploient leurs ailes et prennent possession des cieux, leur vélocité peut dépasser les vingt lieues(1) de l'heure.
­Après que les Brennans aient fait venir les Lihnfahls sur ce qui n'était point encore le Territoire Impérial, ceux-ci y sont venus d'eux-mêmes, et les plaines ventées de Tieffla comptent désormais quelques uns de ces nobles animaux dans la population de ses nombreux troupeaux sauvages.
Cal Jerreos, extrait de "Bêtes et Hommes", 0012.
Quelque part sur la côte Tiefflane, 19 jour de Danael 1404.
­Lawn et Ryan avaient vécu la vie de cadets de la guilde durant les jours qui suivirents. Sous les ordres d'Angel, les deux jeunes gens avaient tout d'abord dû raconter tout ce qu'ils savaient de Cartes et de sa machine aux membres de la guilde chargés de faire fonctionner le transmuteur, même si leur récit n'avait rapporté que peu d'informations, puis on les avait chargé de diverses corvées –au cours desquelles Laureen avait déclaré qu'elle en venait presque à regretter son école.
­Angel avait durant ce temps dû prendre contact avec Shadefire, car il leur annonça bientôt qu'ils devaient quitter les lieux. Il allait les amener vers l'une des bases principales de la guilde, située dans la forêt de Leeshan. Et les préparatifs du départ ne vont pas se faire tous seuls, Mademoiselle Lawn!
­Laureen se remit en bougonnant à charger la roulotte tirée par deux lihnfahls qui allait les mener à leur but. Le membre de la guilde se tourna vers Ryan, occupé comme lui à préparer les montures. Nous ne voyagerons que tous les trois ?
Rempart va venir avec nous. Notre garde du corps. Notre véhicule est déjà assez chargé, et une personne de plus représenterait un surpoids assez important pour nos bêtes.

­Ryan jeta un œil au membre de la guilde surnommé "Rempart", qui jouait aux cartes avec des camarades à l'entrée de la grotte. Il avait effectivement le physique de l'emploi: dépassant tous les autres d'une bonne tête, la largeur de ses épaules n'aurait pas fait honte à un jeune troll. Il était évident que c'était le genre de personne derrière qui on pouvait se cacher. Et qu'il faudrait le prendre en compte lorsqu'il s'agirait de soulever la roulotte.
­Après un court silence, Angel reprit la parole. Bien, ainsi, ça devrait aller. Nous partirons demain dès l'aurore, et nous devrions atteindre Leeshan au crépuscule.
­La toilette des lihnfahls terminée et le membre de la guilde demeurant muet, Ryan rejoignit Laureen pour l'aider dans sa tâche. Celle-ci accueillit son aide d'un air pensif.
­Pourquoi est-ce qu'on reste avec eux ? Ce ne sont pas ces corvées qui vont nous aider à retrouver Seth !
Je ne sais pas... Je n'est pas exactement comme ça que j'imaginais ma quête...
On devrait leur fausser compagnie, demain, pendant le voyage. C'est le moment où on aura le moins de monde pour nous surveiller.
Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. J'aimerais quand même jeter un œil à notre destination, pas toi ? Et si quelque chose tourne mal, je préfère les avoir à mes côtés qu'en train de me courir après.
Ouais... Tu as peut-être raison.
Si tu me parlais un peu plus de Seth ? Tu as l'air de bien le connaître, mais pour moi, ce n'est guère plus qu'un nom...

­Tout en continuant à empiler du matériel divers à l'intérieur de la caravane, Laureen lui exposa ce qu'elle savait de son ami –ou plus exactement, ce qu'elle estimait pouvoir lui dire sans risque, car malgré l'égide de l'Arbre Sacré, elle ne faisait pas encore totalement confiance au Jihdéan.
Université de Leeshan, Tieffla, le même jour.
­Vous pouvez vous promener comme ça, à la vue de tous ? Je veux dire... Vous êtes recherché...
Et ils ne tarderont pas à me trouver si tu fais tous ces efforts pour le leur rappeler.
Shadefire adressa un sourire et un regard bienveillants à Pandore pour aténuer le reproche. Bien rares sont ceux qui savent véritablement à quoi je ressemble, et cette université compte suffisemment de gens pour que je passe inaperçu. De plus, je connais mieux que n'importe qui d'autre les passages secrets couvrant ce bâtiment, et je n'aurais aucune difficulté à m'enfuir si le besoin s'en faisait sentir.
­Le chef de guilde était venu rejoindre la jeune émissaire sur le rempart ouest. Je dois te remercier pour les informations que tu m'as fourni. J'ignore si cela suffira, mais pour l'instant, nos préparatifs de défense avancent bien.
Que savez-vous sur cette menace que j'ignore encore ?
Patience, Pandore. J'ignore encore si je me prépare à lutter contre le bon ennemi. Si je me trompe, je veux au moins ne pas vous détourner de la bonne route. Vous trouverez vous-même, le temps venu, quel sera votre rôle et comment vous le tiendrez.
Alors pourquoi m'avez vous fait venir ? Votre message disait que vous aviez des informations à me confier ?
C'est exact. Tout d'abord, je crois que deux de tes lueurs se situaient hors de ce continent ?
En effet. Je crois pouvoir les situer précisément dans les îles de Corail et au royaume de Jihdea.
Eh bien, j'ai peut-être une bonne nouvelle, dans ce cas. On m'a informé que des jeunes gens venant précisément de ces deux endroits étaient arrivés à notre portée par un moyen assez peu conventionnel. Ils sont en route pour notre cité secrete, et tu pourras les rencontrer très prochainement. Peut-être s'agit-il de nos héros manquants.
Je l'espère... Comment ont-ils pu arriver ? Je crois que mon rêve me les a montré à l'endroit où ils se trouvaient, ils n'ont pas eu le temps de...
Ils t'en parleront eux-même dès qu'ils seront ici. L'autre information que j'ai à te donner... est plutôt une supposition, en fait. Quelque chose que je crois essentiel et auquel je doute que messire Erellon –avec tout le respect que j'ai pour lui– ait pensé.
Et de quoi s'agit-il ?
La magie n'est pas exactement mon domaine de prédilection, et je ne sais pas comment vous autres grands magiciens vous avez l'habitude de régler vos problèmes, mais dans mon monde, un héros combat rarement à mains nues. Pour le maître escrimeur que je m'efforce d'être, l'arme que manie un combattant peut être aussi importante que son habileté propre pour les prouesses qu'ils accomplissent tous les deux. Je crois que si ce danger que nous devons affronter doit être vaincu par vos mains, alors nos devons trouver les armes que ces mains tiendront.

­Il y eut un silence, durant lequel Pandore étudia les multiples possibilités qu'ouvrait cette suggestion. Trouver sept héros était une chose, mais réunir également leurs armes en était une autre. Peut-être le second éclat d'ambre était-il une indication pour cette seconde tâche ? Cet échos mystérieux se trouvant dans les Hauts Sommets, était-ce l'arme que devrait manier Tania ?
­Et je suppose que vous avez déjà réfléchi à cette question ?
C'est possible, oui. Il se pourrait même que l'une de ces armes soit entrée en ma possession récemment –c'est en l'étudiant que cette idée m'est venue. C'est une arme qui semble avoir été conçue par un maître en la matière, et que j'aurais dû savoir manier sans aucune difficulté. Je n'ai pourtant rien sû en tirer. J'aimerais que les cadets et toi veniez y jeter un œil.

­Fidèle à son habitude, Gregan avait disparu dans les ombres avant d'avoir terminé sa phrase. Pandore s'était tournée vers lui pour lui répondre, mais s'était constatée seule avant d'avoir pu ouvrir la bouche.
Dans les plaines Tiefflanes, le jour suivant.
­Comme Angel l'avait annoncé, ils étaient partis dès les premières lueurs de l'aube. Ryan avait dû finir une corvée jusqu'assez tard dans la nuit, et Laureen ne s'était pas endormi tôt non plus, aussi les deux jeunes-gens passèrent-ils les premières heures du voyage à dormir à l'arrière de la roulotte. Lorsqu'ils s'éveillèrent, le soleil, à la moitié de sa course matinale dans le ciel, brillait de tous ses rayons.
­Durant la première moitié du jour, Angel et Rempart s'étaient relayés pour guider l'attelage à travers les plaines Tiefflanes. Les lihnfahls galopaient aussi vite que le vent, filant sans sembler craindre la fatigue. Ils avaient tout d'abord longé la côte et la falaise pendant un long moment. Ils venaient de quitter cette route lorsque les jeunes gens s'étaient éveillés.
­La première chose que Laureen remarqua en ouvrant les yeux était une curieuse sphère dorée qui luisait doucement dans le lointain. Elle demanda de quoi il s'agissait, et ce fut Ryan qui lui répondit: c'était la cité d'Altmon, fondée par ses ancêtres peu avant que ceux-ci ne quittent le continent pour les îles de Jihdea. Durant le millénaire qui avait suivit, la cité était restée isolée de l'Empire, toute entourée par une sorte de dome magique empêchant quiconque à l'extérieur de l'enceinte d'en voir l'intérieur, mais sans gêner le moins du monde les gens situés à l'intérieur. Le dome ne s'était que rarement ouvert, et la cité était demeurée imprennable, ne communiquant qu'avec Jihdea et par la voie maritime.
­Ce fut peu après avoir dépassé la ville au dome d'or que les animaux qui les tiraient firent, pour la première fois et sous le commandement d'Angel, usage de leurs ailes. Celles-ci se déployèrent soudain, emportant brusquement la roulotte dans les airs. Celle-ci était manifestement prévue pour ce genre de voyages, car sitôt que les roues quittèrent le sol, des sortes d'ailes faites de toiles se déployèrent sur ses côtés, stabilisant l'engin et diminuant ainsi la charge tirée par les animaux.
­Après quelques exclamations enthousiastes des adolescents, la conversation s'engagea sur les moyens permettant aux hommes de voler. Laureen avait déjà goûté à ce plaisir sur le dos d'une tortue volante, et Ryan, comme de nombreux apprentis-combattants jihdéans, avait apprit à chevaucher les dragons. Angel leur souffla qu'il avait déjà prit place à bord de plusieurs machines volantes, ce qui éveilla bien sûr le curiosité, mais, prétextant devoir se concentrer sur la conduite de l'attelage, l'homme de la guilde ne leur donna pas plus de précisions.
­Sitôt que le vent fut redevenu contraire, l'attelage dût rejoindre le sol. Une grande partie du trajet avait cependant été couverte, où ils avaient survolé pour la plupart du temps la frontière entre Tieffla et Rysia. Midi était passé depuis quelques temps, et les plaines Tiefflanes continuaient à défiler inlassablement, un troupeau de chevaux sauvages ou d'autres créatures des vents croisant parfois leur route. Les deux Lihnfahls semblaient infatigables, mais les humains ne l'étaient pas autant, et ils firent un sort honorable aux provisions qu'ils avaient emporté.
­Leur second envol suivit peu de temps après, tout aussi impressionnant que le premier. Il dura cependant moins longtemps, et une inquiétante surprise les attendait à leur retour au sol: un groupe de cavaliers vêtus à la mode du désert qu'ils venaient de doubler et qui semblait prendre une route à peu près similaire accéléra soudain dans leur direction.
­Qu'est-ce qu'ils font là, ceux-là ? Ryan, Rempart, vous devriez vous préparer à combattre, au cas où. Mademoiselle Lawn, cherche dans la caisse à côté de toi, il doit y avoir une petite machine ronde avec un gros bouton au milieu. Si je t'en donne le signal, appuie dessus.
­Les craintes d'Angel furent justifiées quelques instants plus tard seulement: une volée de flèches s'abatit sur la roulotte, heureusement sans causer de dégâts. L'écart les séparant du groupe de cavaliers s'était significativement réduite. Djear!, ils ont de bons chevaux... Si le vent ne tourne pas rapidement, on a aucune chance de les distancer...
­Mais le vent ne tourna pas. Quelques volées de flèches plus tard, les cavaliers étaient arrivés à portée et avaient dégainé d'autres armes. Lawn, le bouton!
­La jeune femme s'empressa d'appuyer. La machine sembla se contenter d'émettre une lumière clignottante.
Forêt de Leeshan.
­Les quatre jeunes gens devaient retrouver les hommes de la guilde dans une clairière un peu plus éloignée que ce dont ils avaient l'habitude. L'endroit semblait être aménagé comme un camp d'entrainement. Il était cependant pour l'instant désert, exception faite du chef de guilde qui affrontait une étrange machine au centre d'une zone de combat délimitée par des cordages.
­Shadefire tenait entre ses mains un bâton métallique, et la chose en face de lui tournoyait sur elle-même, hérissée de plusieurs lames. Les mouvements de l'homme étaient rapides et précis, repoussant chaque fois les lames juste avant que celles-ci ne le touchent. Les adolescents restèrent sans oser bouger, admirant sa technique, jusqu'à ce qu'il mette lui-même fin à son duel en plaçant un coup sur le "corps" de la machine, qui s'immobilisa immédiatement. Il se tourna vers ses visiteurs, à peine essoufflé.
­Eh bien, ne restez pas ainsi, jeunes gens. Je n'ai rien fait d'exceptionnel.
Pour nous, si. Vous êtes un combattant impressionnant.
Avec ce genre d'armes, sûrement pas. N'importe quel membre de la guilde serait capable de me battre.

­Le bâton qu'il tenait encore se rétracta soudain, pour se réduire à un cylindre métallique dépassant à peine plus large que sa main. Il l'accrocha à sa ceinture, ajoutant à l'attention des trois étudiants L'une des armes emblématiques du voleur. Vous devrez en apprendre au moins les bases, si vous espérez dépasser un jour le stade de Cadets. Pour ma part, j'ai le grand tord de ne maîtriser vraiment que l'épée.
­Il fit le geste de dégainer une épée, et il en apparut effectivement une, comme sortie de nulle part. La tenant par la lame, il tendit la poignée à son auditoire L'un de vous veut-il me montrer ce qu'il sait faire ?
Comment faites-vous ça ?
Oh, ce n'est qu'un peu de prestidigitation de base... Vous apprendrez.
Il tendit l'arme plus spécifiquement vers Novan, qui la prit avec hésitation. Je n'ai jamais...
Il y a un début à tout, jeune homme. Il n'est jamais trop tôt pour commencer à apprendre, surtout au vu de la situation.
Et sans attendre davantage de réaction, il sortit une autre épée de nulle part et bondit vers l'arrière, arrivant d'un coup au centre de la zone de combat. Il fut un temps où j'apprenais à combattre à un jeune homme fort maladroit qui avait la moitié de ton âge. J'ose espérer qu'avec la magie qui habite tes mains, tu me présenteras moins de difficultés. En garde, jeune homme!
­Novan rejoignit le chef de guilde sous les encouragements de Tania et d'Astrid. Ils exécutèrent quelques passes pas franchement aggressives, mais le cadet n'en menait clairement pas large. Shadefire finit par rengainer son épée –qui disparut comme par magie. Bon. Je doute que l'épée soit ton arme, mais tu as du potentiel, garçon. Une de ces demoiselles veut-elle maintenant prendre son tour ?
N'y avait-il pas une arme spéciale que vous vouliez nous montrer ?
En effet, Pandore... Et nous ferions peut-être effectivement bien de commencer par cela.

­Les adolescents remarquèrent alors un second cylindre, assez semblable au premier, qui pendait à la ceinture du chef de guilde de l'autre côté. Il s'en empara et l'activa: le bâton prit sa taille de combat. Mais il y avait quelque chose d'étrange... Cette arme-ci contient un mécanisme plus complexe que tout ce que j'ai vu jusque là sur des objets de ce style. Il est plus que probable que l'arme recèle davantage de secrets que ceux que j'ai pu découvrir... Mais je suppose qu'elle ne révèlera tout son potentiel qu'entre les bonnes mains.
­Shadefire lança l'arme à Novan, qui s'en saisit au vol et fit quelques mouvements avec, mais sans que rien de particulier ne se passe. Il la passa ensuite à Tania, qui tenta à son tour sans grande conviction, mais ne parvint qu'à laisser tomber l'arme au sol. Astrid se pencha pour la ramasser, mais à peine son doigt eût-il effleuré le métal que celui-ci se hérissa de pointes. Les adolescents reculèrent, surpris, puis la jeune femme vint de nouveau saisir l'objet, dont les pointes disparurent aussitôt.
­Encouragée du regard par Shadefire, Pénombre prit l'arme à deux mains, franchit les cordages pour entrer dans l'aire de combat. Elle se mit en position défensive, et de longues plaques émergèrent du métal pour former un bouclier devant elle.
­Remarquable... Je crois que j'avais raison à ce sujet, Pénombre. L'arme a trouvé sa main.
J'ai l'impression qu'elle réagit à la pression de mes doigts...
La jeune femme changea de position, et l'arme retrouva son aspect de bâton à la surface parfaitement lisse. C'est exrêtement sensible...
Il te faudra sans doute du temps pour apprendre à la manier. Mais je suis sûr que nous en aurons assez.

­C'est alors qu'une sorte d'appareil accroché à une branche d'arbre, non loin de là, s'activa, laissant échaper la voix de Beholder. Nous avons capté une balise d'alerte! Quelque chose est arrivé à Angel!
Dans les plaines Tiefflanes.
­L'activation de la balise n'avait cependant pas changé grand chose à la situation. La roulotte était maintenant encerclée, et Ryan d'un côté, Rempart de l'autre, s'efforçaient de repousser les assaillants, tandis qu'Angel tentait tant bien que mal de conserver le contrôle de leur trajectoire. Laureen s'était approchée de lui, tentant de conserver son équilibre alors que la vitesse et les attaques faisaient trembler l'attelage.
­Ils ont besoin d'aide! Laisse-moi tenir les rennes!
Tu ne sais pas conduire des chevaux, et cette place est trop exposée. Reste en arrière!

­Comme pour donner raison au membre de la guilde, une flèche siffla entre eux, frôlant la nuque d'Angel. Celui-ci se contenta de se pencher davantage pour continuer à manœuvrer en laissant le moins possible de zones exposées aux coups ennemis.
­Ryan avait dégainé son épée et fouettait l'air autour de lui, parvenant à éloigner les cavaliers de lui, mais pas à les empêcher de manier leurs arcs. De son côté, Rempart maniait une version adaptée à sa corpulence du bâton des voleurs... ce qui donnait presque l'impression de voir le tronc d'un jeune arbre metallique frapper à la vitesse de l'éclair. Ses coups avaient réussi à désarçonner quelques uns de ses adversaires, mais les choses étaient trop embrouillées pour que l'on puisse compter combien il en restait. Une demi-douzaine de chaque côté, peut-être.
­Un cavalier plus hardi que les autres s'approcha soudain de Ryan et le frappa à l'aide d'une sorte de gourdin. Le choc, violent, fit lâcher son arme au jihdéan, laquelle fut projetée en arrière et vint se planter dans l'une des caisses de leur chargement.
­Gunjnir, viens-moi en aide! Le jeune homme avait aussitôt mit la main sur sa lance et en avait frappé son adversaire, qui fut touché à l'épaule. Mais alors que celui-ci ralentissait, abandonnant la poursuite, les autres se rapprochaient. La Lance paraissait nettement moins dangereuse que l'épée: s'il la lançait, il serait désarmé.
­Ce que les cavaliers ignoraient, c'est que l'arme de Ryan était chargée d'anciens et surprenants pouvoirs. Reproduisant le geste qui l'avait sauvé face au Serpent, il frotta la pointe de Gunjnir contre la roue metallique de la roulotte: une gerbe d'étincelle s'éleva, si intense qu'on eût presque dit le souffle enflammé d'un dragon.
­Pendant ce temps, Laureen cherchait autour d'elle un moyen de se rendre utile. Ce fut l'épée qui le lui fit trouver. Lorsqu'elle la vit passer devant elle, elle tenta de la dégager de la caisse dans laquelle elle s'était plantée, mais n'y parvint pas. Elle tenta alors d'ouvrir la caisse... pour découvrir à l'intérieur ce qui ressemblait à une grande hache.
­Elle en saisit la poignée à pleines mains tandis que l'un de leurs assaillants parvenait à prendre pied par l'arrière de la roulotte. Bien décidée à lui faire face, elle se campa sur ses deux jambes et brandit son arme. L'homme failli laisser échaper un rire en voyant à quel adversaire il avait affaire... mal lui en prit. On ne se moque pas d'un Pirate! Il esquiva sans peine lorsqu'elle frappa pour la première fois, mais le revers le surprit davantage. Déséquilibrée par un poids auquel elle ne s'attendait pas, Lawn n'était pas parvenue à maintenir le tranchant dans la bonne direction, et c'est le plat de la hache qui atteignit l'attaquant en plein visage. Avant qu'il ait eu le temps de se reprendre, elle l'avait repoussé aussi violemment qu'elle le pouvait du manche de son arme, et il était finalement tombé à l'extérieur.
­Une flèche mieux placée que les autres avait atteint l'arme de Rempart, la faisant se rétracter sur elle-même. Le colosse n'était pas dépourvu de ressources pour autant: il parvint à saisir le plus proche de ses adversaires par les épaules, et le souleva de sa monture sans efforts, avant de s'en servir comme projectile vivant contre les autres.
­Ce répit de chaque côté permit aux lihnfahls de déployer leurs ailes sans risque, et de profiter d'un léger courant d'air dans la bonne direction pour prendre leur envol, échappant ainsi à leurs adversaires.
­Les trois défenseurs s'efforcèrent de reprendre pied correctement, tandis qu'Angel reprennait enfin véritablement le contrôle de leur trajectoire. Une dernière volée de flèches passa autour d'eux, et la bataille ne fut plus qu'un mauvais souvenir.
­Ils ne voulaient pas nous tuer. Les deux adolescents se tournèrent interloqués vers Rempart, mais Angel vint appuyer sa constatation. En effet. C'étaient des Garùns, et j'ai reconnu les insignes du clan Urmahn. S'ils avaient voulu nous tuer, ils n'auraient pas eu besoin de sortir ces gourdins –largement moins redoutables que leurs armes habituelles. Les quatre premières flèches n'auraient laissé aucun survivant.
Notes
(1) Une lieue mesure un peu plus de quatre kilomètres, soit la distance qu'un homme moyen peut parcourir en marchant durant une heure.
Chapitre Neuvième: Sur le Continent. Chapitre Onzième: Réunion.