Chapitre Seizième: Désobéir Chapitre Dix-huitième: Vie pour Vie.
Chapitre Dix-septième: Loi Martiale.
Warhos
­Mon estimée collègue le professeur Relm saura certainement vous en dire bien davantage que moi à leur sujet, ayant été amenée, durant ses voyages, à croiser de nombreux représentants de ce peuple. Je puis cependant éclairer certaines de vos interrogations les concernant. Les terres d'origine du peuple Warho se situent aux alentours du Massif d'Acapanthès, lui-même situé dans les Terres Sauvages et qui, comme vous ne l'ignorez pas, fut déclaré province impériale durant le règne d'Ayanor Edener I, puis laissé à la gouvernance de ses natifs, compte tenu de la difficulté à maintenir des routes commerciales permanentes. C'est à partir de cette époque que certains Warhos, leur société étant de nature plus nomade que la nôtre, commencèrent à venir s'établir dans les Régions Médiannes. C'est encore de nos jours leurs caravanes qui gèrent l'essentiel des contacts entre le Territoire Impérial et Acapanthès.
­Tout comme les membres du peuple des Pluies, ceux du peuple Warho ont développé des aptitudes surprennantes, qui jouèrent probablement dans leur établissement dans ces régions. Je supposais de prime abord que, comme dans le cas des membres du peuple des Pluies, la plupart de ces caractéristiques étaient dues à des facteurs génétiques propre à leur ethnie. Il s'avère cependant que, comme l'enseigne d'ailleurs leurs croyances, la plus impressionnante d'entre elles soit accessible à nombre de brennans, à condition que ceux-ci en fassent le difficile apprentissage.
­Il s'agit d'une capacité de réorganisation cellulaire accélérée, qui, lorsque l'on apprend à l'activer, permet à celui qui en fait l'usage de prendre les caractéristiques physiques d'un animal dont l'organisation corporelle est similaire à la nôtre (vertébré et pourvu de deux bras et deux jambes). Cette métamorphose sollicite les ressources physiques de manière assez importante mais, étant partiellement alimentée par l'énergie magique, il semble possible d'y faire appel même dans un état d'épuisement important. Son résultat est stable, c'est-à-dire que l'individu restera sous les traits de l'animal jusqu'à ce qu'il n'entreprenne volontairement la transformation inverse.
­Cette métamorphose, quel que soit le sens dans lequel elle s'accomplit, conserve les caractéristiques propre à l'individu qui en fait l'usage. Par exemple, une blessure ouverte le restera, et les marques corporelles telles que cicatrices, tatouages ou taches de naissances pourront être retrouvées au même endroit. Il semble impossible à un individu donné de prendre la forme de plusieurs animaux différents. De plus, le respect de quelques règles comportementales, devenues des rites de la religion Warho, semble nécessaire à la conservation de cette capacité et à l'absence d'effets secondaires.
Réponse de Kerd Erellon à une missive d'Ayanor Daar II Enschel.
Marrihm, Tieffla, 3 jour de Janovël 1405
­Tania était partie seule chercher Seth, prétextant que compte tenu de sa situation de transfuge, mieux valait ne pas l'effrayer en venant trop nombreux. Les quatre autres s'étaient donc mis à marcher au hasard, attendant son retour avec leur nouveau compagnon. Soldats et autres gens d'armes étaient beaucoup plus nombreux qu'à l'accoutumée, parcourant sans cesse la ville par groupe, prêts à intervenir au moindre fait inhabituel.
­Au détour d'une ruelle, les adolescents rencontrèrent un petit attroupement de badauds admirant les tours d'un prestidigitateur. Un jeune enfant accompagnait celui-ci, promenant à travers la foule une petite coupe destinée à recueillir les dons des spectateurs. Amusés, les jeunes gens restèrent quelques instants à profiter du spectacle.
­Peu après leur arrivée, l'enfant revint vers le magicien, sa coupe manifestement bien pleine. L'homme saisit le récipient et déclara d'un ton grandiloquent Voyons donc quelle récompense l'aimable assistance estime que nous ayons mérité... Puis, d'un geste rapide, il renversa la coupe vers le sol... et pas une pièce ne tomba. Son visage prit aussitôt une expression aussi surprise que celle des spectateurs. Oh... peut-être que c'était trop espérer...
­Il se pencha vers l'enfant et lui caressa les cheveux Ce n'est pas grave, tu sais... nous trouverons bien... tiens ? Qu'est-ce que cela ? L'une des pièces disparues venait d'aparaître entre ses doigts. Bigre! Serait-ce de la monnaie voyageuse ? Il repoussa une mèche de cheveux de l'enfant et fit mine de découvrir une autre pièce cachée derrière son oreille. Décidément! L'autre oreille, peut-être ? Il vint la dégager de sous les cheveux aussitôt, mais ne découvrit rien... jusqu'à ce qu'il semble plonger son doigt à l'intérieur, et en ressortir une nouvelle pièce. Sous les rires et les applaudissements du public, il continua de fouiller l'enfant quelques instants, récupérant ainsi toute la somme qui avait disparu de la coupe.
­Lorsqu'il se redressa pour saluer sous les acclamations, cependant, une patrouille d'apparence assez inamicale venait de faire irruption dans la ruelle. La mendicité et les spectacles de rue sont interdits dans l'enceinte de la ville! En moins de quelques secondes et sans que les adolescents n'aient le temps d'intervenir, ils avaient dispersé la foule et emmené de force le prestidigitateur.
­Novan et Lawn n'eurent besoin que d'un regard de concertation pour décider d'agir, s'élançant à la poursuite des soldats sans même prendre le temps de vérifier que les deux autres les suivaient. Ce qu'ils ne faisaient pas, Astrid ayant préféré s'approcher de l'enfant qui restait debout au milieu de la ruelle, ahuri. Eh, bonhomme! Elle se pencha vers lui, souriante, et lui tapota le bout du nez... avant de faire elle-même apparaître une pièce entre ses doigts, qu'elle lui tendit. Il en avait oublié une.
Papa...
Le gamin prit la pièce d'un air triste, auquel elle répondit par un autre sourire.
­T'en fais pas, on va te le ramener. Mes copains sont les meilleurs! Tu veux bien me faire plaisir ? Va t'acheter quelque chose à grignotter, et quand ce sera fait, ton papa sera revenu.
­L'enfant hésita quelques instants... puis partit en courant vers la boutique la plus proche. Ryan s'approcha de son amie. Impressionnant... qui t'a apprit à faire ça ?
Mon oncle. Tu as vu par où ils étaient partis ?
Non, mais je suis sûr que Novan et Lawn sauront se débrouiller. On ferait mieux de rester dans le coin pour être sûrs que Seth et Tania nous retrouvent.


­Ils rattrapèrent la patrouille quelques rues plus loin. Lawn avait sorti plusieurs pétards de sa poche. Elle en alluma un qu'elle lança prestement, et qui explosa en touchant le sol juste devant la patrouille. Les soldats tirèrent leurs armes aussitôt, cherchant l'origine de l'attaque, mais les deux jeunes gens s'étaient dissimulés derrière un étal abandonné.
­Laissant l'un de leurs camarades surveiller le prisonnier, les hommes se séparèrent en deux groupes et commencèrent à fouiller l'allée devant et derrière eux. Au moment où ceux qui revenaient en arrière allaient parvenir à la cachette des adolescents, une volée d'oiseaux sembla émerger de l'étal et foncer vers eux. Novan avait sorti son cahier à dessins et usé de son pouvoir juste à temps, et les volatiles, piaillant et battant des ailes en tous sens, empêchèrent les gardes d'avancer.
­L'autre moitié de la patrouille, voyant ce qui se passait en arrière, avait rebroussé chemin et avançait au pas de course. Un second pétard adroitement lancé les fit cependant se jeter sur les côtés, mais cela ne les retarda que de quelques secondes. Soit le temps nécessaire au prestidigitateur pour montrer qu'il avait lui-même quelques ressources.
­Sitôt remis de la surprise de la première explosion, l'homme avait en effet sorti une épingle de sa manche et s'en était servi pour se débarasser des chaînes qui le menottaient. Ses mains libérées, il avait aspergé le visage du soldat resté à ses côtés d'une sorte de nuage coloré et avait fait un pas en arrière pour disparaître à la manière de Shadefire.
­Lorsque Lawn et Novan, voyant qu'il s'était échapé, décidèrent de s'enfuir, la voix de l'homme leur parvint du mur derrière eux Par ici! Une grille d'aération qu'ils n'avaient pas remarqué s'était ouverte, juste assez grande pour leur permettre à tous deux de s'y faufiler. Lorsque les soldats parvinrent jusqu'à l'étal, aucune trace des deux jeunes gens ne restait dans la ruelle.
­Le souterrain dans lequel ils étaient entré était quelque peu sombre et ne sentait pas particulièrement bon, mais l'on s'y sentait à l'abri. L'homme, après avoir refermé la grille, leur adressa un franc sourire Merci d'être intervenus. De quelle organisation êtes-vous ?
­Novan hésita à répondre, mais Lawn ne lui laissa pas le temps de se décider La Guilde d'Esperkand.
Excellente nouvelle. L'Assemblée Pétaudière hésitait à s'allier à vous... vous pouvez désormais compter sur ma voix. Je pense que j'arriverais à convaincre également les autres.

­Puis, d'un geste bienveillant, il les invita à le suivre dans le souterrain.
Une clairière dans la forêt, aux alentours de Marrihm
­Le cri de l'aigle, finalement, se fit entendre, signalant que le dragon approchait. Eiko et Pandore se regardèrent. Toutes deux avaient hâte de se trouver face à la créature, qu'elles n'avaient pour l'instant connu que par les récits d'autres personnes. La bête jaillit d'entre les arbres, crocs en avant, sans doute attirée par l'odeur de viande.
­Le piège destiné à capturer l'animal n'était pas des plus savament élaboré, mais il semblait efficace: connaissant l'importance de l'odorat dans la chasse des autres Drakhens, et supposant qu'il le serait autant pour celui-ci, les gens de la guilde avaient reproduit l'odeur d'un gibier fraichement tué à proximité des endroits où apparaissait le plus souvent leur cible. Ces dragons pouvant se montrer charognards quand la faim les poussait, celui-ci avait accouru.
­Surpris de ne trouver apparemment aucune trace de nourriture sur place, la créature poussa un hurlement sauvage, comme prête à passer sa rage sur la forêt entière. C'est ce moment que choisit l'aigle pour descendre en piquet, passer comme il savait si bien le faire entre les crocs du monstre, puis remonter légèrement, cherchant à l'attirer vers le centre de la clairière.
­La bête noire, cependant, ne semblait cette fois pas disposée à se laisser faire. Devinait-elle le piège ? Elle cherchait à croquer le rapace à chaque fois que celui-ci passait à sa portée, mais sans jamais trop s'avancer. Il est malin...
­Eiko, tout en restant cachée, se mit soudain à chanter. Sa voix amplifiée par ses dons de phénix rendait un son presque surnaturel, qui fit dresser l'oreille de toute vie aux alentours. Le dragon secoua la tête, frottant les siennes de ses courts bras en cherchant l'origine du chant. Celui-ci résonnait cependant d'une manière qui rendait la chose malaisée. La mélodie se fit sauvage et taquine, et l'on eût impression d'y distinguer un minuscule insecte qui voletait autour de la créature, la piquant sans cesse de son dard. La bête hurla de nouveau, sans parvenir toutefois à couvrir complêtement le chant.
­Filnea Falnor!
­Pandore avait crié elle aussi de toutes ses forces, jaillissant dans la clairière, et une sorte de tourbillon de vent s'échappa de sa main tendue pour avancer en bourdonnant vers le dragon, arrachant tout sur son passage. La créature reçu le coup à l'épaule et recula de quelques pas, mais se tourna vers Pandore et tenta d'avancer face au vent, crocs en avant.
­Durant quelques instants qui parurent une éternité, ces deux puissances s'affrontèrent, la force bestiale du Drakhen contre la magie de la jeune femme. La créature sembla prendre finalement le dessus, gagnant pas à pas du terrain sur le cyclone. Le chant d'Eiko changea alors, se faisant renfort et protecteur. On eût dit cette fois distinguer dans le son de sa voix des barrières se dressant autour de son amie, restaurant ses forces.
­D'un geste, la jeune magicienne mit fin à son sort, puis aussitôt, Filnea Falnor! Le second cyclone atteignit le dragon de plein fouet alors que son élan lui faisait perdre l'équilibre. Cette fois, la créature chancela et tomba en arrière... dans le piège le plus ancien qui soit. L'enchevêtrement de feuilles mortes et de branchages qui couvraient le sol au centre de la clairière céda sous son poids, l'entrainant au fond d'un trou assez grand pour qu'il y disparaisse.
­Cessant de chanter, Eiko vint rejoindre une Pandore qui s'efforçait de reprendre son souffle. L'aigle poussa un autre cri et se dirigea vers le couvert des arbres. On l'a eu!
­Mais la bête avait plus de ressources que ce à quoi les deux kandhranes s'attendaient. Alors que les deux femmes s'approchaient du trou, et dans une sorte de rugissement à en faire trembler la forêt, elle s'en échappa d'un bond bien plus gigantesque que tout ce à quoi l'on s'était attendu. Retombant souplement sur ses pattes, la bête donna un grand coup de queue qui les atteignit toutes deux en même temps, les repoussant violemment en arrière. Pandore n'eût que le temps de voir le dragon s'enfuir en courant avant que sa tête ne heurte quelque chose et qu'un voile noir ne couvre ses yeux.

­Après ce qui lui paru durer moins d'une seconde, ce voile noir fut déchiré par une intense lumière turquoise. Elle parvint à distinguer les contours d'un bâtiment ancien, probablement situé quelque part sous terre. Sa vision n'était pas très nette, mais elle distinguait clairement cette lumière turquoise, et face à elle, une chose sombre, beaucoup plus grande, qui s'avançait, menaçante. La lumière se débattit comme elle le pouvait, mais la chose sombre progressait de plus en plus, prête à l'encercler.
­Pandore!
­La voix d'Eiko ramena soudain la magicienne à la réalité. Elle parvint à ouvrir les yeux, pour retrouver la douce clarté de la clairière. Son amie était penchée sur elle, ainsi que la femme d'Esperkand qui les accompagnait.
­Lawn... Lawn est en danger.
­Altaïr et Eiko se regardèrent. La barde savait reconnaître les étranges visions de son amie, et confirma à l'autre femme que la menace, quelle qu'elle soit, était sérieuse. Altaïr acquiéça calmement. Rentrez à Baarn Thor. Je vole à Marrihm les prévenir.
Marrihm
­Tania avait rejoint Seth et lui avait parlé de leur projet. Comme elle s'y attendait, l'adolescent s'était immédiatement montré de leur côté. Et qui sont les deux autres du groupe ?
Il y a Ryan Hagen... un Jihdéan. Il paraît que leur Yggdrasil l'avait chargé de te retrouver, mais je ne saurait pas trop t'en dire plus. En tout cas, il marche avec nous. Je crois que Pénombre lui a tapé dans l'œil.
Et l'autre ? Cette Pandore dont tu m'as parlé ?
Non, nous n'avons pas de nouvelles de Pandore depuis quelques jours...
Un sourire mutin se dessina sur le visage de l'adolescente. L'autre, c'est une jeune demoiselle pirate que tu connais bien.
Laureen Lawn est en ville ?

­La voix avait semblé émerger du mur derrière eux. Comme ils regardaient, surpris, dans cette direction, Bayn apparu à sa manière habituelle, mais son visage était plus soucieux qu'à l'ordinaire.
­Papa ?
Je viens d'apprendre que les Garùns se pensaient sur le point de capturer un otage qui obligerait les Seigneurs Pirates à rester à l'écart. Si la fille du Capitaine Lawn est ici...

­Seth et Tania échangèrent un regard, puis se précipitèrent vers la sortie.

­Après le départ de l'enfant, plusieurs autres patrouilles étaient passées à proximité de la ruelle. On aurait peut-être dû l'accompagner...
Il m'avait l'air d'avoir l'habitude de la rue et d'être malin. Ne t'en fait pas pour lui.

­Astrid semblait de plus en plus impatiente. On va quand même pas rester les bras croisés pendant des heures!
Ça fait à peine quelques minutes... calme-toi. Seth et Tania seront bientôt là, et on pourra faire quelque chose d'utile.
J'ai un mauvais pressentiment... on aurait jamais dû les laisser partir chacun de leur côté!
Tania n'avait pas loin à aller, et Lawn et Novan sont parfaitement capables de se débrouiller. Juste un peu de patience, et...

­Il s'interrompit soudain, posant la main sur la garde de l'épée qu'il tenait dissimulée sous ses vêtements. Son amie avait elle aussi entendu un léger bruit suspect. À ton avis... gardes ou shalezzims ?
­Le Jihdean ne pût lui répondre que d'un hochement de tête géné: n'ayant jamais apprit à communiquer par la pensée, il était capable de l'entendre, mais pas de répondre de la même manière. Shalezzims. Des gardes n'auraient jamais réussi à rester aussi discrets... Derrière-toi!
­Ryan tira son épée en se retournant, juste à temps pour parer un coup porté par un épéiste aux cheveux teintés de vert et de rouge surgi comme de nulle part. Astrid sorti son bâton à son tour, et l'abattit sur la tempe d'un autre assaillant qui, trop sûr de surprendre sa cible, fut lui-même trop surpris pour se défendre.
­Ce premier ennemi assomé, les autres s'étaient montré, et les deux jeunes gens étaient entourrés d'un groupe de quatre hommes armés et prêts à combattre. Tiens donc... je commençais justement à m'ennuyer...
­D'une pirouette, Astrid repoussa son second adversaire, tandis que les moulinets de l'épée de Ryan tenaient les trois autres à l'écart. Mais soudain, une autre patrouille se présenta à l'entrée de la ruelle et les gardes, remarquant la bataille, s'y lancèrent également, l'arme en avant.
­Les trois Shalezzims qu'affrontait Ryan parvinrent à s'enfuir sans demander leur reste, mais le dernier, de même que les deux adolescent, fut rapidement capturé. Les gens d'armes n'avaient visiblement pas l'intention de se perdre en considération sur qui avait attaqué qui, et préféraient prendre tout le monde.
­Celui-là est K.O. !
Attache-le, il ne nous posera pas de problèmes au réveil.

­Après avoir désarmé leurs prisonniers, les soldats avaient au moins eu la présence d'esprit de les séparer. Le Shalezzim, bien qu'entravé, semblait toujours vouloir en découdre d'avoir les adolescents. Bon, maintenant, voyons ça...
­Celui qui semblait être le chef de la patrouille saisit l'épée de Ryan et l'examina. Puis, il tenta de faire de même avec le bâton de Pénombre... mais à peine avait-il effleuré celui-ci qu'une décharge électrique lui traversa le corps.
­Fallavilina!
­Tania avait attendu juste le bon instant pour intervenir. Des grains de lumière colorée tombèrent du toit, surprenant les soldats, qui diminuèrent leur surveillance, laissant aux adolescents la possibilité de s'enfuir à toutes jambes, ce qu'ils firent immédiatement. Les gardes n'ayant pas eu le temps de les attacher correctement, ils purent libérer leurs bras et récupérer leurs armes au passage.
­Ils ont des complices sur le toit!
­Une partie des gardes partit à leur poursuite, tandis que d'autres se lançaient dans l'escalade. Mais Tania n'avait pas l'intention de les attendre et avait sauté dans la rue presque aussitôt, rejoignant ses camarades. Où est Seth ?
Je suis là!
Le garçon, vêtu de son habit sombre à capuche, avait surgit entre leurs poursuivants, en faisant tomber plusieurs. La mêlée qui s'en suivit paru plus confuse encore aux yeux d'Astrid, encore peu habituée aux scènes de bataille. Le sommet fut atteint lorsqu'un aigle fit irruption au milieu des combattants, essayant ses serres sur les armes des soldats.
­Sitôt la patrouille mise à terre, l'animal se mit à voler autour des jeunes gens, l'air amical. Une sorte de sacoche était accrochée sous son aile. On dirait... c'est pas l'aigle qui avait retenu le dragon d'ombre, l'autre jour ?
On dirait qu'il veut qu'on le suivre...

­L'oiseau s'envola à travers les rues, et les adolescents décidèrent de le suivre. Il les mena jusqu'à l'entrée d'une petite échope abandonnée, dans laquelle ils se précipitèrent, refermant la porte derrière eux. Une fraction de seconde plus tard, la patrouille avait surgi dans la rue à leur recherche, et avait continué sa route au pas de course sans remarquer qu'ils étaient entrés.
­L'aigle, alors, tendit ses ailes, et les seccoua: les plumes commencèrent à se rétracter, et les doigts prirent la forme de mains humaines. Le bec avait disparu également, et la tête s'était déformée jusqu'à ce que les traits d'Altaïr ne deviennent reconnaissables. Le temps qu'ils réalisent qu'elle était entièrement nue, et la saccoche qu'elle portait sous le bras s'était ouverte pour la couvrir d'une sorte de robe de voyage.
­Comment... ?
J'appartiens au peuple Warho. Mademoiselle Lawn n'est plus avec vous ?
Nous avons été séparés...

­La femme de la guilde se mit à recoiffer ses cheveux, laissés en désordre par la transformation, en les regardant tour à tour. Votre amie Pandore pense qu'elle est en danger. Nous devons la retrouver rapidement. Et je suppose qu'après ce qui vient de se passer, vous aurez plus à cœur de respecter les décisions vous concernant.
C'est-à-dire que...
Je sais que vous avez désobéï et que c'était exactement ce que Beholder attendait de vous, mais tout chef qu'il soit, je ne vais pas le laisser jouer plus longtemps avec vos vies.
Elle adressa un regard au jeune Shalezzim. C'est toi, le fameux informateur ?
Oui.
Je suppose que tu es obligé de rester en ville pour continuer à être efficace ?
En fait, je peux me tenir informé de n'importe où...
Bien. Dans ce cas, tu vas retourner chez toi et préparer tes affaires, et je t'emmène avec moi jusqu'à notre base. Et remet cette capuche, il vaut mieux éviter d'attirer l'attention des gardes avec tes cheveux bleus.
Elle se tourna de nouveau vers les trois cadets. Retrouvez vos camarades, où qu'ils soient, et repartez sans nous attendre. Les choses deviennent beaucoup trop risquées ici.
Chapitre Seizième: Désobéir Chapitre Dix-huitième: Vie pour Vie.