Chapitre Dix-septième: Loi Martiale.
Chapitre Dix-huitième: Vie pour Vie.
Amulettes de protection
­Peu de brennans ont franchi les portes de Fadriath. Le long chemin qui nous sépare d'eux, traversant les Terres Sauvages sur une grande part de leur longueur, n'en est pas la seule raison. Les habitants de ce lieu aiment à rester à l'écart de notre monde, à n'intervenir que le moins possible dans les affaires d'Hera.
­Cependant, il semble qu'il leur est arrivé, par le passé, de transgresser à cette règle. On trouve de nombreux éléments de nos différentes sociétés des Régions Médianes qui semblent trouver leur source dans ce que nous savons de la culture fadrane. Certaines racines de notre vocabulaire viennent de la langue qu'ils utilisent pour nommer les choses et les personnes.
­(...)
­Les scientifiques et magiciens de Kandhrir ont également été amenés à étudier quelques objets dont la conception dépasse de loin nos compétences, et que nous supposons être le fruit des leurs. L'exemple le plus célèbre est celui des amulettes de protections. Ces pendentifs de formes diverses, mais d'un potentiel magique incroyable semblent capable de protéger celui qui les porte de la mort elle-même.
­En fait, ces artefacts semblent capables de créer autour de leur porteur une sorte de champ de force qui va repousser toute menace mortelle. On peut toucher le porteur sans problème, et cela ne l'empêche pas de se couper ou de se brûler, mais tout ce qui est du style d'un coup d'épée dans le cœur ou d'un projectile mortel sera entièrement repoussé.
­De tels objets sont évidemment très recherchés par les personnes ayant une vie plutôt risquée, mais il n'en existe que très peu que nous ayions répertorié, et toute tentative de découvrir le secret de leur fabrication s'est soldée par un échec.
Professeur Relm de Kandhrir, extrait d'un cours sur la société fadrane.
Marrihm, Tieffla, 3 jour de Janovël 1405
­L'Assemblée Pétaudière. Réunion des voleurs de bas étages, des mendiants, des gredins, des miséreux. Nous sommes les bas-fonds, la fange, la racaille de cette ville. Tous ceux que Marrihm a préféré oublier.
­Le prestidigitateur les conduisait à travers les couloirs sombres du souterrain. Leur route croisait de nombreux abris de fortunes, des lits de cartons sur lesquels dormaient des hommes maigres et sales, et d'autres qui se disputaient de maigres ressources.
­Mais nous sommes aussi le plus redoutable des instruments. Personne ne fait attention à nous. Personne ne nous remarque, sauf lorsque nous nous donnons en spectacle. Parce qu'on nous croit sourds ou muets, incapable de comprendre et de répéter, on oublie de se mettre hors de portée de nos oreilles. Nous avons nos entrées partout. Personne ne connaît cette ville mieux que nous.
­La Guilde d'Esperkand s'est toujours montrée bonne pour nous, sachant employer nos talents et nous rétribuer largement au delà de ce que l'on pourrait espérer. C'est pourquoi certains d'entre nous ont voulu, dès le début de votre guerre souterraine, se rallier à votre cause. Mais d'autres ont remarqué que ces affrontements étaient dangereux pour nous, et ont supposé qu'occupés par vos nouveaux ennemis, vous en oublieriez vos alliés. Je pourrais désormais leur dire qu'ils se trompaient: vous êtes toujours à nos côtés.

­Leur marche avait dû les ramener jusqu'au niveau de la surface, car lorsque l'homme s'arrêta pour ouvrir une porte dérobée, ils virent devant eux la ruelle dans laquelle ils avaient assisté au spectacle. Le gamin surgit soudain comme de nulle part, se jeta dans les bras de son père, et lui chuchota quelques mots à l'oreille.
­Vos camarades ont eût quelques ennuis avec les gens d'arme, mais il semble qu'ils s'en soient tirés. Ils sont apparemment partis de ce côté. Vous pourrez remercier l'autre jeune femme de son obole. Je ne puis vous accompagner plus loin, mais vous prie de bien vouloir transmettre mes amitiés à votre Beholder. Votre guilde aura bientôt de nos nouvelles.
­Il allait refermer la porte, mais se ravisa soudain Oh. Je dois également vous avertir, très chère, que les Garùns ont proposé une récompense conséquente à quiconque capturerait une jeune demoiselle dont la description correspond en tous points à la vôtre. Et sans en ajouter davantage, il bascula le mécanisme et les deux jeunes gens se retrouvèrent seuls dans la ruelle, interdits.

­On aurait dû aller les chercher avec eux... Si Lawn est vraiment en danger...
D'après ce que je me suis laissé dire, ta jeune demoiselle Pirate est parfaitement capable de se débrouiller. Les trois Cadets se sont déjà rendu célèbre pour avoir quelques talents malgré leur inexpérience, et le Jihdéan est plus doué à l'épée que la plupart des membres de la guilde. Dans l'immédiat, ton propre sort devrait davantage te préoccuper.

­Tous deux prenant grand soin de rester discrets, Altaïr avait suivi Seth jusqu'à sa demeure temporaire. Bayn avait naturellement déjà quitté les lieux, sans doute retourné à ses activités de Guard. Cependant, un petit paquet était posé sur la table, vers lequel Seth se dirigea prestement pendant qu'Altaïr restait dans l'entrée, semblant ne pas vouloir se montrer trop intrusive.
­Au fait, si je puis me permettre... tu ressembles beaucoup à Aelyn.
Vous avez connu ma mère ?
Comme tous les anciens de la Guilde, même si certains doivent l'avoir oublié. C'était longtemps avant ta naissance, quand nous étions jeunes et insouciants.
Elle eut un léger éclat de rire. J'avais énormément d'affection pour elle, même si peut-être pas autant qu'Angel ou Shadefire. Tu as dû remarquer que nous nous ressemblons quelque peu. À l'époque, il arrivait qu'on nous prenne pour deux sœurs.
­À l'intérieur du paquet se trouvait un pendentif en forme d'épée. Le cœur de Seth eût un sursaut en le voyant: il s'agissait de celui que portait sa mère, qu'il avait laissé soigneusement rangé au fond de son paquetage, au camp Shalezzim. Un petit mot rédigé par son mentor l'accompagnait.
­« Je pressens que tu n'auras pas l'occasion de passer prendre tes affaires avant un moment. J'ai fait récupérer ceci pour toi, je suppose qu'il pourra t'être utile. N'hésite pas à m'appeler si tu es seul et que tu en ressens le besoin. »
­D'un mouvement vif, il passa le pendentif autour de son cou, puis le glissa sous ses vêtements. Une sensation ancienne et familière le parcourut: la magie contenue dans l'objet venait de se réveiller au contact de sa peau. Se dépéchant d'emballer le reste des affaires qu'il avait emporté en ville, il ne put s'empêcher de reprendre la discussion Tania m'a raconté votre première rencontre. Vous veniez du désert, à ce moment-là ?
Oui... j'avais volé aussi loin que mes ailes avaient pu me porter avant de tomber à bout de forces. Je crois que reprendre mon aspect humain afin que ceux qui viendrait à mon secours me reconnaissent a été la dernière chose que j'ai pu faire avant de perdre connaissance...
Pourquoi étiez-vous là-bas ? Est-ce que ça avait à voir avec...
Les raisons pour lesquelles ta mère y était allée à l'époque ? Oui. Mais ce n'est ni l'heure, ni le lieu pour parler de cela. Et tant qu'à faire, je préfèrerais que tu me tutoies.

­Ils n'ajoutèrent mot ni l'un, ni l'autre. Une fois le sac de Seth bouclé, Altaïr l'emmena hors de la ville.
Baarn Thor, Tieffla
­Ils quittèrent le véhicule dans le village de Leeshan. Le Chorban continuait sa route jusqu'à l'Université, située un peu plus loin dans la forêt, mais la Warho avait préféré éviter de traverser un lieu trop fréquenté. Les vacances de fin d'année touchaient à leur fin, et la plupart des étudiants étaient de retour, faisant de la petite ville forestière le plus sûr des chemins.
­Après plusieurs minutes de marche dans la forêt, ils parvinrent jusqu'à l'une des entrées de la cité souterraine. L'adolescent s'était attendu à ce que l'endroit soit gardé, mais personne ne les arrêta, peut-être parce que son guide était l'un des membres les plus connus de la guilde.
­Je dois parler de toi à Angel et à Beholder. Ce n'est pas que j'ai l'intention de leur laisser le choix de t'accueillir ou non, mais ils doivent être prévenus.
­Les couloirs souterrains se succédèrent, presque inquiétants. De temps en temps, l'on devinait l'ombre de quelques présences humaines, occupées, dans les environs, mais guère plus. Jusqu'à ce qu'une jeune femme surgisse soudain au croisement de deux couloirs, bousculant au passage l'adolescent, qui tomba au sol. Elle se retourna pour s'excuser, mais retint une exclamation en apercevant les cheveux teintés dépassant de la capuche. Elle leva vivement les yeux vers Altaïr, puis tourna les talons et reprit précipitamment sa route.
­Curieux... elle avait l'air soucieuse... je me demande ce qui se passe.
Qui était-ce ? J'ai l'impression de l'avoir déjà vu...
Aucune idée. Je ne connais pas tous les cadets. Mais il y a quelque chose d'étrange, en tout cas. Je pense que tes camarades doivent être revenus ou ne vont plus tarder. Je vais commencer par t'emmèner aux salles communes, et puis j'irais tenter de tirer ça au clair.


­Tu es Seth, n'est-ce pas ? Allez, dis-moi que c'est toi...
­La carte d'Hera s'étalait de nouveau sous ses yeux. Maintenant, elle savait où chercher. Si comme elle le supposait, la lumière rouge manquante représentait Seth, alors elle devait apparaître à l'endroit où le Shalezzim se trouvait au moment où elle avait fait ce songe. C'est-à-dire, lui avait confié Lawn quelques jours plus tôt, quelque part dans les Hauts Sommets.
­Cette fois, malgré l'éblouissement provoqué par le puissant éclat d'ambre, malgré la danse lente des autres lueurs et de l'ombre autour d'elle, elle ne quitta pas cette zone du regard. Il était temps de le trouver... et elle le trouva enfin. Une lueur fugitive d'un sombre éclat rouge, qui s'alluma juste derrière l'ambre. Juste avant que le rêve ne s'achève.

­C'est bien toi...
­Pandore revint peu à peu à la réalité, avec une sensation étrange au cœur. La septième personne qu'elle recherchait était à portée. D'une certaine manière, elle avait rempli la mission que Kerd Erellon lui avait confié, et pourtant... pourtant, il restait tellement d'incertitudes. L'ombre représentait-elle bien ces guerriers venus du désert ? Seth avait été à leurs côtés, peut-être aurait-il la réponse. Et pourquoi cette lueur d'ambre autour du rubis ? Seth et Tania avaient été élevés comme frère et sœur, mais ne l'étaient pas vraiment. Qu'est-ce qu'elle avait bien pu lui faire pour sa couleur l'accompagne ainsi ?
­Rester à réfléchir assise sur ce lit ne lui apporterait rien de plus. Peut-être étaient-ils déjà revenus de Marrihm ? Il fallait qu'elle parle à la demoiselle. Elle en profiterait d'ailleurs pour prendre des nouvelles de Lawn. Encore fatiguée et endolorie de sa rencontre avec le dragon, elle se leva néanmoins, rangea précieusement l'amulette et se dirigea vers la sortie.
­Elle allait atteindre les salles communes lorsqu'elle aperçu devant elle ce qui ressemblait à une statue d'ambre se déplaçant dans le couloir. Elle se hâta de la rattrapper Tania !
­Mais ce n'était pas Tania. La taille et la carrure correspondaient, mais lorsque la statue se retourna vers elle, son aspect ambré se dissipa pour révéler un adolescent vêtu de noir, dont quelques mèches de cheveux bleus-argent dépassaient de la capuche. Oh, pardon, j'avais cru voir quelqu'un d'autre... tu es Seth ?
­Il acquiéça, et elle remarqua alors seulement qu'Altaïr se tenait juste à ses côtés. Après ce qui vient de t'arriver, tu devrais être en train de te reposer, Pandore.
Je vais bien. Juste un peu affaiblie, mais ça ira. Où sont les autres ?
J'allais te poser la même question. Ils ne vont sans doute plus tarder s'ils ne sont pas déjà ici... je les ai prévenu du danger que tu pressentais pour la jeune demoiselle Lawn, et je les ai quitté pour m'occuper de ce jeune homme. D'ailleurs, puis-je te le confier ? Je dois aller parler à Angel et Beholder le plus rapidement possible.

­Et sans davantage de cérémonie, la femme tourna les talons, laissant seuls les deux jeunes gens. Après un rapide simulacre de révérence, auquel il répondit d'un mouvement de tête, Pandore réengagea la conversation, tout en l'invitant à le suivre jusque dans la salle commune, où ils prirent tous deux un siège pour continuer à parler plus à leur aise.
­Tania avait déjà parlé à Seth de Pandore et de ses rêves, aussi n'eût-il pas de difficultés à comprendre ce qui motivait la jeune femme. Il lui confia ce qu'il savait à propos du Néant, ce sombre pouvoir jadis utilisé, disait la légende, pour combattre l'armée d'outrecieux. Ce vieux mythe restait méconnu même de la plupart des Shalezzims, qui n'auraient pas été capables de donner un nom au pouvoir noir, mais Teyn Alambar avait fait de nombreuses recherches sur le sujet et avait transmis ses résultats à ses élèves.
­Le Néant. Une chose qui dévorre tout, magie comme matière ou lumière. Pour les Kandhrans, un tel pouvoir n'existait que dans les contes et les cauchemars, mais Seth était si persuadé de sa réalité que Pandore le fut également. Cela correspondait en effet parfaitement à la brume noire de son rêve, mais comment une poignée de jeunes gens pourraient-ils repousser pareille menace ?
­L'adolescent ne dévoilà cependant pas tout ce que Bayn lui avait apprit à ce sujet. Il évoqua l'identité du sorcier du clan Urmahn qui avait réuni Garùns et Shalezzims contre l'Empire, mais sans mentionner les liens de sang qui l'unissaient à lui.
­Pandore lui demanda également s'il avait une idée de la personne que représentait la lumière rouge. Si pour une mystérieuse raison, Seth et Tania étaient représenté par la même couleur, cela signifiait que le rubis qu'elle venait de découvrir représentait quelqu'un d'autre. Le seul nom qui vint à l'esprit de Seth était celui de Zaahn, mais son ancien compagnon d'entrainement était désormais hors de portée.
­Cette discussion avait déjà duré un certain temps lorsque Novan entra dans la pièce Ah, vous êtes là.
Oh, salut. Vous tous êtes rentrés ? Tout va bien ?
Tout va bien. Et je ne sais pas ce qu'il y avait dans ta vision, Pandore, mais tu peux être rassurée: Lawn n'a rien.
Elle est ici ?
Et elle a hâte de te voir, Seth. Ils sont dans l'autre salle commune, celle qui est du côté de l'Université. Je venais vous chercher.

­Les deux jeunes gens se levèrent pour suivre leur ami. L'ancien Shalezzim reprit la parole presque aussitôt Que s'est-il passé après mon départ avec Altaïr ? Je veux dire... vous n'avez pas eu de difficultés à vous retrouver ?
C'est allé. En fait, Lawn et moi sommes revenus là où nous nous étions séparés presque en même temps qu'eux. On aurait certainement pu rentrer assez rapidement, mais avec ce qui venait de se passer, les patrouilles étaient encore plus sur les nerfs que d'habitude. On a dû en éviter quelques unes, donc ça nous a prit plus de temps que prévu.
Les gardes ne vous ont pas posé trop de soucis ?
Penses-tu... pour la plupart, ils sont tellement balourds... de vrais trolls...

­Seth se retint de répliquer que les Trolls qu'il connaissait n'étaient pas spécialement balourds. En fait, le souvenir d'une certaine bataille contre des trolls venait de lui revenir en mémoire. La cour du monastère enneignée, et une ensorceleuse qui luttait à ses côtés contre plusieurs de ses monstres... il s'arrêta net. Seth ?
La fille qui m'a bousculé, tout à l'heure... je viens de me rappeler où je l'avais vu!


­Lorsqu'ils parvinrent tous trois dans la salle commune, Astrid et Ryan s'y trouvaient seuls, gisant au sol. Le Jihdéan était inconscient, blessé à la tête, tandis que la jeune femme gémissait, incapable de se relever sans aide.
­Attaqué par surprise... rien pu faire...
Calme-toi. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Cette fille... on se méfiait pas... frappé Ryan en premier... sans lui, on faisait pas le poids...
Où sont les filles ?
Emmené Lawn... Tania lui a courru après... par là...

­Novan se redressa vivement et se tourna vers ses camarades. Vous êtes tous les deux meilleurs que moi au combat, et il faut que quelqu'un pour les soigner tous les deux et donner l'alerte. Foncez.
­Ils ne se le firent pas répéter, et il ne leur fallu guère de temps pour les rattraper. La porte qui menait vers l'extérieur était nettement endommagée, empêchant la fuyarde d'avancer –sans doute l'œuvre d'un sort de Tania. Celle que Seth devinait être Lawn était étendue à terre, inconsciente elle aussi, et l'autre adolescente combattait de toutes ses forces, mais elle avait clairement le dessous. L'ennemie était bien la Shalezzim qu'il avait reconnu.
­Reste en arrière.
Quoi ?
Tu as dit que tu étais affaiblie... et c'est à moi de régler ça. Reste en arrière.
Pas question!
Si! Filnea Falnor!

­Le sort de l'adolescent ne provoqua qu'une courte bourrasque, mais qui fut suffisante pour repousser Pandore hors de la pièce. Et pour attirer l'attention. L'Ensorceleuse venait de mettre Tania à terre, et se retourna vers lui. Tiens donc, mais qui voilà ? Tu as donc bel et bien retourné ta veste...
Laisse-les tranquilles et je te laisserais sortir d'ici.
Qui crois-tu être pour me dicter ma conduite ? Je n'ai peur ni de toi, ni d'aucun de tes nouveaux alliés. J'emporte la fille Lawn avec moi, et si tu tiens à ta vie, tu ne vas pas intervenir.
Ce genre d'agissements n'est pas digne d'une enfant de Shale.
Ne pronnonce pas le nom de la déesse, vil traître!
Tu crois que tu vaux mieux que moi ? Nous avons tous trahi Shale en acceptant cette alliance. Je suis sans doute plus fidèle à ses enseignements que toi.
Ça suffit! Sycrandemenn !

­Une volée de dagues de glaces se format devant la Shalezzime, qui d'un revers de la main les envoya toutes voler vers l'adolescent. Ce dernier parvint de justesse à éviter l'attaque, et tira son épée.
­Tu oses pointer une arme dérobée à l'Ordre contre moi ?
Tu me dois une vie. Et je vais te la reprendre! Stanta Yy'hell !

­Les colonnes de feu se formèrent devant le garçon, avançant vers sa cible. Trop lentement, cependant: elle n'eût besoin que d'un revers de la main pour les dissiper dès qu'elles furent parvenues à sa portée. C'est tout ?
­Mais pendant qu'elle observait les flammes, elle avait perdu son adversaire du regard, et celui-ci en avait profité pour se rapprocher suffisamment pour frapper. Elle para le coup sans effort et, dégainant sa seconde lame, frappa à son tour. L'adolescent ne put que reculer de quelques pas.
­Tu maîtrises quelques sorts, et moi beaucoup plus. Tu sais à peine te battre, je suis une combattante accomplie. Tu as une arme, j'en ai deux. Sur quels avantages comptes-tu donc pour éviter la défaite ?
Tu es seule, et nous sommes deux!

­Répondant au cri de Seth, Tania, qui s'était relevée, avait lancé une boule de feu vers l'ensorceleuse, qui fut atteinte au bras et poussa un hurlement. Cela ne suffit cependant ni à l'arrêter, ni même à lui faire lâcher son arme. ...cela ...peut s'arranger. Se retournant aussi vivement que possible, elle propulsa vers l'adolescente une nuée d'éclairs. Touchée au ventre, celle-ci s'effondra de nouveau.
­Tania!
Comme c'est touchant... C'est ta petite amie ?
Qui elle est ne te regarde pas!

­Disant ces mots, Seth avait de nouveau bondit et frappa plusieurs fois, de toutes ses forces. Son adversaire, cependant, bien que n'utilisant que son bras indemne, n'avait aucune difficulté à repousser ses coups. L'adolescent frappait autant qu'il le pouvait, cherchant à dépasser ses défenses, mais la Shalezzime était, comme elle l'avait dit, beaucoup plus expérimentée que lui dans ce domaine, et semblait aussi à l'aise que s'il s'était agit d'un entrainement. Au bout de quelques temps, elle leva simplement sa seconde arme et frappa, atteignant le garçon à l'épaule.
­Le coup avait été porté de la garde, et non de la lame, et la douleur était légère. Cependant, l'aisance avec laquelle son adversaire avait supporté le sort de Tania et débordé ses propres défenses le déconcerta. Elle frappa de nouveau par deux fois, toujours de la garde, et l'atteignit à la joue et à l'estomac avant qu'il n'ait reprit ses esprits.
­Défends-toi! Tâche au moins de ne pas faire honte à ton ancien instructeur!
­Et comme le dernier coup l'avait fait reculer de quelques pas, elle conclut sa remarque en projettant vers lui une bourrasque qui le fit rouler au sol. ser...   Seriatnemidès! Une brusque secousse jaillit de devant l'adolescent, filant en ligne droite vers son adversaire. Celle-ci sauta en arrière pour l'éviter, mais le sol tremblait encore à son niveau lorsqu'elle retomba, et ses pieds ne purent la maintenir au sol.
­Lorsqu'elle se redressa, endolorie et ayant laissé échapper l'une de ses armes, Seth s'était lui-même remit debout et avait bondit dans sa direction, l'arme levée. Elle ne put cette fois parer que de justesse et reculer pour se mettre à l'abris Tu as enfin décidé de te mettre à combattre ?
­Pour toute réponse, il frappa de nouveau, puis encore lorsqu'elle para le premier coup. Leurs lames s'entrechoquèrent plusieurs fois de plus en plus vivement, allant jusqu'à soulever des gerbes d'étincelles. Cette fois, l'ensorceleuse semblait avoir perdu de sa morgue et combattait elle aussi de toutes ses forces.
­Forte, elle l'était cependant davantage que lui. Au terme de nombreuses passes d'armes, elle parvint de nouveau à déborder ses défenses et à le toucher à la hanche, cette fois du tranchant de sa lame. Mais ce n'était pas le genre de duel que l'on arrête au premier sang versé. Seth avait à son tour poussé un cri et continuait à lutter comme il le pouvait, tentant d'ignorer la douleur.
­Elle reprit de nouveau l'avantage peu après, le forçant à reculer de plus en plus, pour finalement se désengager et d'elle-même reculer Tu m'excuseras, mais cela commence à faire un certain temps. Je préfère en finir avec cette petite formalité avant qu'un nombre conséquent de vrais combattants ne se montrent. SannaAdis!
­Le rayon bleuté fusa de ses yeux, atteignant à l'épaule un adolescent trop essoufflé pour tenter de l'éviter. Cela ne l'empêcha toutefois pas, malgré un autre cri, de garder son épée à la main et de se remettre en position de combat. Poussant un soupir agacé, elle joignit les mains devant elle, créant une gigantesque boule de feu qu'elle expédia dans sa direction. Atteint de plein fouet, il fut projeté en arrière.
­As-tu ton compte, cette fois ?
­La réponse qu'elle reçu ne fut pas celle à laquelle elle s'attendait: Seth se releva presque aussitôt, certes titubant, mais visiblement toujours indemne. Le seul effet du projectile enflammé semblait avoir été de refermer sa blessure à la hanche. Comment as-tu... ? Le pendentif en forme d'épée au cou de l'adolescent semblait devenu incandescent.
­Oh... vieille sorcellerie que voilà. Ce collier protecteur ne te sauvera pas à tous les coups.
­Elle tendit le poing dans sa direction, d'un air moqueur Synahe Dofegur ! Lorsqu'elle ouvrit la main, une nuée d'insectes sembla émerger de sa peau, volant en direction de l'adolescent dans un bourdonnement furieux. L'amulette pouvait protéger Seth de bon nombre de choses, mais pas de la douleur des piqûres. Lâchant son arme, il tenta vainement de les faire partir, perdant ainsi de vue son adversaire qui ne tarda pas à lui rappeler sa présence d'un coup de poing à la mâchoire.
­Du même geste, elle saisit le pendentif à pleine main et l'arracha, avec l'intention de le lancer hors de portée. Ne connaissant ces artefacts magiques que de réputation, elle ignorait que leur rougeoiement n'était pas seulement visuel: la brûlure du métal la contraignit à le laisser tomber à ses pieds. Cela ne l'empêcha pas de lever de nouveau sa propre arme. Seth, encore désarmé même si ses minuscules assaillants s'étaient évaporés, était sans défense.
­Marregen Hann ! Un bouclier de poussière et de gravats se forma entre elle et sa cible, juste à temps pour arrêter son arme. Encore toi ? Combien de fois faudra-t-il donc que je te tue ? La Shalezzime se retourna vivement pour lancer sur Tania une nouvelle série d'éclair, mais cette fois-ci, l'adolescente para le coup sans difficultés.
­D'un autre coup de poing, l'ensorceleuse envoya Seth rouler de nouveau à terre. Bien. J'achèverais ce minable traître après t'avoir fait souffrir autant que tu le mérites.
Essaye seulement.

­Tania avait ramassé l'arme perdue par son adversaire, et lorsque celle-ci s'élança dans sa direction, elle se défendit honorablement. Elle non plus, cependant, n'était pas de taille à lutter contre une aussi redoutable adversaire. Bientôt dépassée, elle laissa échapper l'épée, non sans avoir auparavant vengé Seth en blessant l'attaquante à la jambe. La lame ne la manqua que de justesse au coup suivant, et le revers qui suivit l'atteignit de la garde à la tempe, l'assomant sur le coup.
­Oh, non, pas de ça... La Shalezzime lâcha son arme et se pencha vers elle Je veux que tu sois consciente quand je te tuerais.
Enlève tes sales pattes de ma sœur.

­Elle leva les yeux vers Seth et resta bouche bée. La peau de l'adolescent était devenue anormalement pâle, et les veines qui la parcouraient s'étaient teinté d'ébène. Le bleu-argent de ses cheveux était devenu un turquoise flamboyant, et ses yeux brillaient d'une lueur sablée. Avant qu'elle ait pu réagir, il avait bondi vers elle, la frappant de ses poings nus avec une force supérieure à tout ce dont il se serait cru capable.
­Cet étrange état ne dura cependant pas éternellement. Alors qu'il était parvenu à l'acculer au mur, et qu'il s'appretait à lui briser le crâne d'un seul coup, il redevint soudain le garçon faible et épuisé qui venait de mobiliser ses dernières ressources. Les lèvres de l'ensorceleuse bougèrent à peine, et une explosion de lumière le renvoya à l'autre bout de la pièce.
­Avant qu'il parvienne à se relever, elle était montée sur lui, l'arme à la main. Pas mal, mais il fallait m'achever quand tu en avais l'occasion
­Alors qu'elle allait frapper, les doigts de l'adolescent rencontrèrent un allié inespéré: le pendentif en forme d'épée qu'elle lui avait auparavant arraché. D'un geste désespéré, il saisit l'amulette et leva vivement le bras: la minuscule lame se planta dans le cou de la Shalezzime. Quelques secondes défilèrent, durant lesquelles chacun regarda l'autre droit dans les yeux, sans plus bouger... puis Seth tira son arme improvisé, usant des dernières forces qui lui restaient, tranchant la gorge de son adversaire. Elle s'effondra sur le côté.
­Tous ses muscles criant de douleur, l'adolescent ne parvint pas à se relever, mais se força encore à ramper jusqu'à Lawn, puis jusqu'à Tania. Toutes deux étaient inconscientes, et il ne parvint pas à les réveiller. Alors, dans une ultime prière, il appela à l'aide. Sy'hell Karaos Allimar !
­Puis il s'évanouit à son tour, sans savoir si son appel avait été entendu.
Chapitre Dix-septième: Loi Martiale.